décembre 2006


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J’ai un peu foiré la mousse d’écrevisse. Ça ressemblait davantage à du jus qu’à de la mousse. La crème fleurette n’a pas durci comme dans la recette mais je crois que c’est parce que je me suis trompé en recopiant l’écriture de Géraldine. Ça devait être 100ml au lieu d’un litre, ou un truc comme ça. Pour les feuillantines j’avais eu une bonne idée : j’ai disposé la pâte sur mon rouleau à pâtisserie, pour qu’elle en prenne la forme arrondie, sauf que les manches du rouleau étaient en plastique et ont tout fondu dans mon four.
J’ai amené tout ça dans un bol chez ma mère. Au moment de servir, la mousse était retombée. La pâte feuilletée a tout absorbé et on aurait dit des petites bouses roses toutes molles, sauf à certains endroits où c’était tout dur parce que la gélatine n’avait pas fondu et faisait des petits paquets collants.
Mon père a dit que c’était très bon et que ça changeait du saumon fumé. Robin m’a fait remarqué que j’avais oublié de « piquer » les crevettes marinées. Ma mère n’a fait aucun commentaire car elle était trop occupée à se lever pour vérifier la cuisson de la dinde. Son minuteur était tombé en panne le matin et elle était vraiment très embêtée. Elle a regardé Robin d’un air un peu angoissé et lui a demandé « tu crois que ça fait une heure ? »
Robin a proposé qu’on ouvre les cadeaux. Ma mère a tapé dans ses mains et elle a dit « oh oui ! oh oui ! » En quinze secondes elle avait disposé tous les cadeaux sur la table dont le nouveau sécateur de mon père qu’elle n’a pas réussi à emballer parce qu’elle n’avait pas assez de papier. De toute façon, il savait ce que c’était !
Ma mère m’a offert un maxi robot multi fonctions, assorti d’un service six casseroles et d’une série de douze verres à pieds, parce que maintenant « on était deux ». Robin m’a offert mon parfum préféré, l’Allegoria de chez Guerlain. Il est formidable, mon Robin, parce que je n’en avais parlé qu’une fois, et c’était il y a longtemps. Et ben il s’en est souvenu!
On a fini la soirée en écoutant a compilation R’n’B de Noël, et on a passé un week-end très reposant…

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Géraldine nous a amené sa fameuse recette, parce que si on veut la faire pour Noël, il faut s’y mettre aujourd’hui.

Mousse d’écrevisse en feuillantine
difficulté ****      4 personnes
à préparer 24 h à l’avance
ingrédients pour la mousse:
– 800g d’écrevisses fraîches
– 1 litre de crème fleurette
– 2 feuilles de gélatines
– 1 citron
– 12 petites crevettes marinées à l’aneth

4 asperges pour la déco- vinaigre balsamique

pour la feuillantine:
– du beurre
-de la farine
– du sel

Décortiquez et mixez les écrevisses. Ajoutez le jus d’un citron et réservez.
Battez la crème fleurette jusqu’à obtention d’une mousse bien ferme.
Faites ramollir la gélatine dans un bol d’eau tiède. Lorsqu’elle est bien ramollie, incorporez-la à la crème et mélangez.

Ajoutez ensuite les écrevisses et mélangez jusqu’à ce que la préparation devienne homogène.
Salez, poivrez. Laissez prendre au frais pendant 24 heures.

Feuillantine 
2 heures avant de servir, préparez la pâte (note de Géraldine: la feuillantine est une pâte feuilletée plus légère que la pâte feuilletée habituelle, aussi on veillera à ne pas trop mettre de farine)
faire cuire la pâte à four chaud en ayant pris soin de la disposer sur des récipients arrondis, pour qu’elle en prenne la forme (NDG un pot de yaourt en verre ou une petite bouteille préalablement beurrés et farinés, pourront faire l’affaire)

Sortez les feuillantines du four et laissez refroidir. Avec une petite cuillère, remplissez les feuillantines de mousse. Piquez quelques crevettes marinées.
Terminez en disposant les asperges dans le sens de la longueur. Ajoutez 4 gouttes de vinaigre balsamique et servez!

Ce soir j’ai appelé ma mère pour lui dire que je ramenais les entrées. Je lui ai dit que c’était une surprise.
Il n’y avait pas de quoi en faire tout un plat de ces feuillantines! ça n’a pas l’air bien compliqué après tout…

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Hier c’était l’après-midi des enfants chez Le Beleux. Valérie avait emmené Kevin dès le matin, pour ne pas avoir à poser une demi journée de congé.
Le pauvre Kevin s’est un peu ennuyé. Une fois qu’il avait fini de poinçonner toute une ramette de papier avec la perforeuse de sa mère, il commençait à trépigner d’impatience. Au bout de 20 minutes en effet, il fallait déjà lui trouver une autre activité. Manuela s’est accroupie à la hauteur du gamin, qui tirait la langue et tapait du pied, et lui a annoncé gaiment:

 « On va aller voir Carlos dans son bureau ! »
 « Tu vas voir, il est rigolo, Carlos ! »

Mais Carlos n’avait pas du tout envie de rigoler. Il  était en train de travailler sur un dossier très important et urgent, un rapport sur l’éthique,  ou comment populariser la délation des comportements frauduleux au sein de l’entreprise. Il devait le remettre à Guy Le Beleux en personne avant le 31 et n’avait pas encore commencé.
Quand il a vu Kevin, il a fait les gros yeux, pour essayer de faire peur au gamin, mais Manuela a insisté.
« Tu vas faire un beau dessin avec Carlos ! »
Carlos a bougonné qu’il n’avait qu’un stabilo, mais le gosse s’agrippait déjà à sa jambe, lui suppliant de lui dessiner un pirate. Kevin n’a plus voulu lâcher Carlos, qui a même du l’accompagner aux toilettes, où Kevin a tenu personnellement à lui montrer ce qu’il avait fait.
Dépassé par ces évènements, Carlos a pris la fuite et laissé le pauvre petit Kevin, sans badge, à la porte de l’open space.
Alertée par ses hurlements, Catherine Jacquemin a déboulé trente secondes plus tard en traînant l’enfant par la manche. Entre deux cris elle a réussi à rappeler à Valérie qu’ici c’était un lieu de travail et que si elle n’était pas capable de tenir son môme il fallait peut-être qu’elle songe à le laisser chez elle.
Manuela a  immédiatement accouru avec une ramette de papier toute neuve et a réussi à calmer Kevin. Carlos, lui, était déjà devant son écran et faisait semblant de réfléchir à son dossier.
Comme Manuela le fusillait du regard, il est revenu avec en guise de consolation, un bonbon du restaurant Chinois de la veille qu’il avait retrouvé dans la poche de sa veste, enroulé dans son mouchoir en tissu, et qu’il a tendu à Kevin pour faire la paix.
Au bout de dix secondes Kevin a fait la grimace et a recraché  le bonbon sur la belle moquette toute neuve, ajoutant:
« T’es pas beau, toi ! »

Carlos a humblement acquiescé avant de regagner prestement son bureau sous les regards accusateurs de l’ensemble des filles de l’open space.

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Jeudi dernier j’étais en déplacement. Pas très loin, à Pouilly-en-Crotois. Le soir le magasin organisait sa soirée de Noël, doublée de ses vingt ans d’existence.

La soirée avait lieu dans un hôtel-restaurant « de charme ». Comme ils m’ont oubliée sur la liste, je me suis retrouvée dans un autre hôtel, huit kilomètre plus loin, à St Germain-en-Crotois, au Relais des Chasseurs.

Nous étions une trentaine en tout au repas, essentiellement des vendeurs, et deux à venir de Paris.
C’était une soirée conviviale. A ma table ça parlait matériel et technique, bien sûr, mais aussi chasse et pêche.

La chasse a beaucoup évolué ces dernières années.
Il faut en finir avec le cliché du chasseur rougeaud, qui, l’esprit pas bien net ,tremblotte au moment d’appuyer sur la gâchette . De nos jours la législation est telle que les écarts ne sont plus permis.
Aujourd’hui cette tradition ancestrale est maintenant perpétuée par des jeunes, comme Thomas et Guillaume, respectivement vendeurs aux rayons outillage et abri de jardins, ou par des classes sociales plus élevées. Le directeur du magasin de Pouilly, par exemple, est un inconditionnel de la chasse à la perdrix.

Et puis les chasseurs de maintenant vivent leur sport en harmonie avec la nature. Ce sont des gens de plus en plus cultivés. Heureusement qu’il me restait des souvenirs de mon Que-sais-je? de 6ème sur les variétés de champignons , sinon je n’aurais jamais pu suivre la moitié des conversations.

Les relations publiques, c’est passionnant. C’est sûr, ça demande des sacrifices, ou en tout cas une certaine ouverture d’esprit, comme s’y connaître en alcool de manière générale, accepter de fumer passivement deux paquets de Gitanes sans filtre en une soirée, ou accepter une invitation à la prochaine réunion mensuelle des « amis du faisan », « Tiens! Au relais des chasseurs, justement! »

Avec tout ça je n’ai même pas eu le temps d’appeler mon pauvre Robin, que j’avais abandonné avec pour seule compagnie, un billet de 10 € à remettre au facteur en échange d’un nouvel almanach, et 500g de crevettes à simplement sortir de leur sachet plastique bleu, qu’il n’a finalement même pas mangé. Il est resté prostré dans le salon, à subir la guirlande lumineuse rouge, que la voisine, la folle, a disposé en forme de coeur à son balcon, juste en face de chez lui.

Et le vendredi soir j’ai enchaîné surla soirée de Noël de mon boulot…

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Robin s’est donc rendu chez cette voisine et m’a fait son compte rendu détaillé.
A peine la porte ouverte, le petit Boris s’est jeté à son cou, ne voulant plus le lâcher, s’exclamant  « Papa, Papa ! ». La voisine elle-même semblait peu surprise de sa visite. Elle l’a même accueilli d’un familier « je t’attendais, chéri ! ».
A la grande stupeur de Robin, une table avait déjà été dressée pour trois. Ne sachant que dire, ne voulant pas traumatiser le petit, et plutôt tenté par l’odeur irrésistible d’une pælla aux fruits de mer, Robin s’est machinalement assis à table, pendant que Boris vidait progressivement sa chambre de tous ses jouets, dans le but de les transférer vers le salon, où il les présentait un par un à Robin.

La voisine déroula alors le scénario de son plan diabolique.
« Tu ne trouves pas qu’il te ressemble ? »
Robin lui rappela sèchement que ce n’était pas en portant les courses de sa voisine qu’on faisait des enfants.
Cela n’empêcha pas l’autre de poursuivre.
« Boris, c’est un prénom qui ne t’évoque rien ? »
« Je ne m’appelle pas Robis » lui fit remarquer Robin, impassible.
« On a passé de bons moments ensemble » tenta vainement la voisine, l’air un peu triste.
Robin lui demanda où étaient les toilettes.

Les toilettes en question étaient un mini-musée à la gloire de Robin.
Sur les murs, des dizaines de photos étaient épinglées. Des photos de Robin, prises ces trois dernières années aux vingt kilomètres de Combe Ste Huberte, où il avait respectivement terminé 72ème, 120ème et dernier. Là, on le voyait sur un podium où il se voyait remettre un bon d’achat à la poissonnerie des berges, partenaire historique de la course.
Et puis, il y avait tout un tas de clichés trafiqués, où la tête de la personne avec qui Robin était photographié avait été découpée.

C’est ce qui a le plus énervé Robin.
Il s’est précipité vers la jeune femme en hurlant : « je ne veux plus jamais vous voir ! Allez vous-en ! »Mais la voisine lui a timidement rappelé qu’ils étaient chez elle.
Alors Robin a pris ses affaires, l’a regardée d’un air vraiment méchant et menaçant et l’a avertie :
« Si j’entends encore parler de vous, je vous dénonce à la DAS ! »
Il a fait son petit effet. Le petit s’est mis à hurler et a jeté ses jouets dans tous les sens.

Apparemment ça s’est bien terminé, ils ont trouvé un terrain d’entente.

Et ce soir, nous avons mangé une excellente paella aux fruits de mer!

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Ce soir j’ai tenté d’aborder les choses sérieusement avec Robin, parce que depuis qu’il m’a écrit cette lettre il ne m’en a jamais reparlé.
Il m’a dit :
« Quoi ? Quelle lettre ? Je n’ai jamais écrit de lettre, moi ! »
Cela ne me faisait pas rire, alors je lui ai montré la fameuse enveloppe.
« D’abord, ce n’est pas mon écriture » s’est-il immédiatement défendu.
Il a déplié la petite feuille. A mesure que ses yeux balayaient les lignes de gauche à droite j’ai vu son regard s’assombrir et son expression se figer.
« Elle est bizarre, ta lettre… »
« Tiens, essaie de lire une ligne sur deux pour voir » a-t-il ajouté en me la rendant.

Effectivement, il avait raison. En même temps que je déchiffrais l’odieux message laissé entre ces lignes par ce qui semblait être une jalouse inconnue, je m’interrogeais avec effroi sur l’identité de cette ennemie dont j’ignorais jusqu’à présent l’existence.
Et je fis le rapprochement avec les incidents des jours précédents.
« C’est une voisine, je la connais de vue » annonçai-je.
Mais Robin semblait pressé de refermer la page de cet épisode déplaisant.
« Tu as peut-être ta propre idée ? » m’enquis-je « il s’agit sans doute d’une de tes conquêtes ? ».
Robin fut bien obligé d’avouer qu’il y a peu il avait sympathisé avec une voisine, qu’il l’avait même plusieurs fois aidée à porter ses courses. Il jurait qu’il ne s’était rien passé.
Simplement, cette jeune mère de famille élevait seule son petit garçon, et parce qu’il est de nature charitable, Robin avait donné au petit quelques petits jouets lui ayant appartenu. La jeune mère esseulée avait vu dans ce geste bien plus qu’elle n’aurait du voir.
Et c’est ainsi que Robin s’était fait une admiratrice secrète et moi une ennemie.

J’ai fait promettre à Robin d’aller dès le lendemain régler le différend chez ladite voisine, afin que celle-ci mette fin à ces actes de harcèlement et qu’elle présente ses excuses.

De dépit, j’ai jeté le « Marions-nous » de Décembre que j’avais pris au Relais H en rentrant.

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J’ai montré ma lettre aux filles ce matin. Valérie m’a prévenue :
« Tu verras, au début ils t’écrivent des alexandrins, puis avec le temps, ça passe à trois mots laissés sur un tableau Velléda pour que tu penses à leur acheter du déo ! »
Manuela a fermé les yeux, et a subitement été traversée d’un sursaut hypnotique.
«  Ne garde pas cette lettre avec toi ! S’est-elle soudain écriée. Je sens un très mauvais karma !! »
Je me suis tournée vers Géraldine. Je sais qu’elle, au moins, sait reconnaître la limpide fraîcheur de l’amour quand il est sincère.

« Je me souviens du jour où Aristide m’a demandée en mariage » a-t-elle commencé, se replongeant volontiers dans cette évocation d’un parfait romantisme, «  il faisait beau, c’était au mois de juin, je revenais du marché, j’étais passée chez ma sœur pour lui déposer la recette de ma mousse d’écrevisse en feuillantine, je m’inquiétais parce que je ne l’avais vue ni au cours d’aérobic de 8h00, ni à la bibliothèque où nous avons l’habitude de nous retrouver juste après. Bref, il était 11h00, je rentrais et Aristide m’avait préparé une surprise. Il était d’une élégance avec son nœud papillon ! »

« Il avait dressé une petite table dans un coin du jardin », poursuivit Géraldine, « avait mis des petits boudins à griller sur le barbecue »
« Je me souviendrai toujours de la sauce qui accompagnait le riz ! » sourit Géraldine, « tellement pimentée que j’aurais pu boire une bouteille d’eau d’un seul trait ! Mais Aristide avait oublié d’apporter l’eau à table, et s’était plongé dans la lecture à voix haute d’un texte tout spécialement choisi pour l’occasion, je ne pouvais pas l’interrompre ! »
« Je n’oublierai jamais les mots qu’il employa lorsqu’il me passa la bague au doigt ! » Continua Géraldine, les deux mains jointes, « je les connais encore par cœur :

il mit la main dans sa poche et l’anneau se glissa doucement a son doigt. Il finit par deviner la vérité, et l’espoir lui vint dans les ténèbres: il avait lui-même trouve l’anneau merveilleux
C’était l’unique objet de son amour, son  » trésor  » et il lui parlait, même quand l’objet n’était pas avec lui.

« Et c’est comme ça que nos destins se sont scellés » conclua Géraldine, nous laissant toutes trois muettes d’admiration.

Bien sûr, des hommes comme Aristide, on n’en trouve plus de nos jours, mais ça laisse un espoir !

Ce soir en rentrant j’ai eu la mauvaise surprise de trouver le rétroviseur de ma voiture cassé ! Je ne comprends pas, je la laisse toujours garée en bas de chez moi, où il ne passe jamais personne, où il ne se passe jamais rien ! Une bande de jeunes sans doutes…

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