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J’ai montré ma lettre aux filles ce matin. Valérie m’a prévenue :
« Tu verras, au début ils t’écrivent des alexandrins, puis avec le temps, ça passe à trois mots laissés sur un tableau Velléda pour que tu penses à leur acheter du déo ! »
Manuela a fermé les yeux, et a subitement été traversée d’un sursaut hypnotique.
«  Ne garde pas cette lettre avec toi ! S’est-elle soudain écriée. Je sens un très mauvais karma !! »
Je me suis tournée vers Géraldine. Je sais qu’elle, au moins, sait reconnaître la limpide fraîcheur de l’amour quand il est sincère.

« Je me souviens du jour où Aristide m’a demandée en mariage » a-t-elle commencé, se replongeant volontiers dans cette évocation d’un parfait romantisme, «  il faisait beau, c’était au mois de juin, je revenais du marché, j’étais passée chez ma sœur pour lui déposer la recette de ma mousse d’écrevisse en feuillantine, je m’inquiétais parce que je ne l’avais vue ni au cours d’aérobic de 8h00, ni à la bibliothèque où nous avons l’habitude de nous retrouver juste après. Bref, il était 11h00, je rentrais et Aristide m’avait préparé une surprise. Il était d’une élégance avec son nœud papillon ! »

« Il avait dressé une petite table dans un coin du jardin », poursuivit Géraldine, « avait mis des petits boudins à griller sur le barbecue »
« Je me souviendrai toujours de la sauce qui accompagnait le riz ! » sourit Géraldine, « tellement pimentée que j’aurais pu boire une bouteille d’eau d’un seul trait ! Mais Aristide avait oublié d’apporter l’eau à table, et s’était plongé dans la lecture à voix haute d’un texte tout spécialement choisi pour l’occasion, je ne pouvais pas l’interrompre ! »
« Je n’oublierai jamais les mots qu’il employa lorsqu’il me passa la bague au doigt ! » Continua Géraldine, les deux mains jointes, « je les connais encore par cœur :

il mit la main dans sa poche et l’anneau se glissa doucement a son doigt. Il finit par deviner la vérité, et l’espoir lui vint dans les ténèbres: il avait lui-même trouve l’anneau merveilleux
C’était l’unique objet de son amour, son  » trésor  » et il lui parlait, même quand l’objet n’était pas avec lui.

« Et c’est comme ça que nos destins se sont scellés » conclua Géraldine, nous laissant toutes trois muettes d’admiration.

Bien sûr, des hommes comme Aristide, on n’en trouve plus de nos jours, mais ça laisse un espoir !

Ce soir en rentrant j’ai eu la mauvaise surprise de trouver le rétroviseur de ma voiture cassé ! Je ne comprends pas, je la laisse toujours garée en bas de chez moi, où il ne passe jamais personne, où il ne se passe jamais rien ! Une bande de jeunes sans doutes…

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