Gégé


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Henri Duneton a organisé une réunion Brainstorming. Le thème c’était: »en osmose avec nos clients ».

On était plutôt motivé, enfin surtout Henri.

Pour ne pas que la réunion tourne à la cacophonie Henri a demandé à Carlos de jouer le rôle du modérateur, parce qu’il a de l’autorité.

A 9H00 on a commencé par quelques viennoiseries. A 9H15 Henri Duneton a retroussé les manches de son gilet zippé et a proposé un premier tour de table.
« humain » « contact » « chaleur humaine » a proclamé Manuela.
 « cherviche choigné »  a postilloné Sandra, en envoyant des projectiles de mini-pain-aux-raisins à Gérald, qui se trouvait en face. Géraldine et moi on a passé notre tour, parce qu’on avait pas fini de discuter.
 « hôtesses en string » a gloussé Manu, bêtement, mais très content de lui. Henri Duneton ne s’est pas laissé déconcentrer, c’est un pro. Au milieu des ricanements Annabelle a réussi à placer « résolution des problèmes ».
Henri Duneton a immédiatement rebondi là-dessus et a proposé qu’on fasse un bref récapitulatif des choses à dire et à ne pas dire :
« problème » « erreur » : à bannir absolument du vocabulaire client ! Par contre « je m’occupe de vous », «  je suis à votre écoute », ça, ce sont des phrases fortes !
C’est à ce moment que Daniel Bins a fait son entrée. « la réunion c’était 9H00, mais du matin » lui a lancé Carlos sèchement. Mais le portable de DB a sonné, on a du attendre qu’il termine :
«  surtout tu dis à Didier que tout doit passer par moi sinon vous allez droit dans le mur les gars !! » il a raccroché « ooooh mais ya d’la bouffe! Qui c’est qui veut un café ? » puis il s’est adressé à Manuela « alors à c’qui paraît tu fais carrière dans la chanson ? ». Carlos l’a fusillé du regard.
Puis c’est Gégé qui nous a interrompu à son tour parce que Catherine Jacquemin avait besoin d’un paperboard. Henri s’est un peu impatienté parce qu’il n’aime pas, comme ça, qu’on le déconcentre quand il est en pleine création.
On est resté là une heure, et en conclusion, on est resté sur les thèses de Manuela comme quoi il faut redonner sa dimension pleinement humaine à la relation client tout en l’approfondissant de valeurs communes dans lesquelles chacun peut trouver un épanouissement productif.
Avec Sandra on s’est proposé de ranger la salle. On a parlé de son restau de la veille  en finissant les dernières viennoiseries.

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Ce midi, c’était très calme dans l’open space.
Au bout du troisième « on descend manger les filles je crève la dalle ! », Daniel Bins a quand même réussi à traîner Géraldine, Valérie, et Manuela à la cantine avec lui.

Gégé était emmerdé tout à l’heure parce qu’il y avait une chaise en trop dans l’open space. Comme elle était près de mon bureau c’est à moi qu’il s’est adressé.
« tu sais d’où elle vient cette chaise ? »
« Nan »
« non, parce que tu comprends, si elle était pas là avant, c’est qu’elle venait de quelque part »

« est ce que c’est important, Gégé ? » je lui ai répondu en finissant mon Petit Encas.
Mais j’ai senti qu’il était vraiment emmerdé, et qu’il avait besoin que quelqu’un prenne une décision à propos de cette chaise, alors j’ai tranché : « je te propose de remplir une Fiche de Rapport d’Anomalie », mais il a filé avant même d’entendre la fin de ma phrase parce que finalement il n’avait pas à faire des heures sup. pendant la pause.

Et puis en début d’après-midi on a reçu un mail général :
 « En raison de la mise en place du projet LB Attitude, l’équipe RH organise un atelier de réflexion et sera absente du bureau le 25 octobre. Tous les appels seront transférés sur le poste de Gérard Dujardin (pauvre Gégé !). Nous vous remercions de votre compréhension ».
Ouais, « LB Attitude », je n’aurais jamais choisi ça. Finalement c’est Gérald qui empoche les 500€. Il faut dire qu’il s’est donné le temps de réfléchir, vu qu’il ne fout plus rien.

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C’est une journée banale qui semble s’annoncer aujourd’hui chez Le Beleux. Mes yeux pleins de sommeil ne perçoivent qu’un ralenti de ce traditionnel début de matinée à la machine à café. Manu mâchonne sa touillette, Daniel Bins arrange le col de son polo Le Beleux, Gégé affiche déjà le PV de la dernière réunion du CE.

Aujourd’hui cependant, c’est le dernier jour pour les grands préparatifs !

Guy Le Beleux a baptisé le lundi 23 octobre « journée de la convivialité », coup d’envoi officiel de notre nouvelle campagne de communication. Sont attendus au siège à 9h00 tapantes Guy Le Beleux en personne, suivis de près par les directeurs des cinq plus gros magasins, de nos plus gros fournisseurs, et de leurs secrétaires . Autant vous dire qu’on a pas intérêt à être en retard !

On a reçu un mail général pour nous demander de ranger nos bureaux. Tout objet personnel doit disparaître. Colette et Nadine ont déjà déclaré tout haut que Catherine Jacquemin pouvait toujours se brosser pour qu’elles décrochent leurs cartes postales et les dessins de Dylan. Le Titi miniature de Colette ne bougera pas de son écran d’ordinateur. La souris de Nadine continuera de promettre tendrement « toi et moi » !

Cette nouvelle image ça va faire du bien à la boîte. Pour l’occasion on a du repenser entièrement notre site Internet. Mais le problème c’est que Gérald, l’administrateur réseau, a donné sa dem’ et que depuis trois semaines il ne fout plus rien. Résultat le site n’est pas du tout prêt.

C’est dommage pour Gérald, parce que tout le monde l’aimait bien.
 
Un peu trop même.
 
A force d’aider sa collègue, de se montrer trop prévenant avec elle, elle a fini par tomber éperdument amoureuse de lui. C’en était à un point où elle refusait les appels de son mari, allant même jusqu’à lui raccrocher au nez.
Il l’a repoussée gentiment, invoquant la différence d’âge, mais elle était accro!
 
De peur qu’on l’accuse de briser un ménage vieux de quinze ans, Gérald a paniqué.Pris au piège, il a préféré démissionner.
 
Depuis il est beaucoup moins gentil avec ses collègues, enfin surtout les femmes.

buzz

Sinon chez Le Beleux il y a Gégé qui s’occupe du courrier. Gégé, ça fait quinze ans au moins qu’il est dans la boîte. La société a grossi trop vite pour lui. Il n’arrive pas à se faire aux procédures. Il regrette le temps où on n’était qu’une petite PME et où il pouvait écouter peinard Chante-France dans son bureau fermé.

A l’époque, c’est le pas leste et l’esprit léger qu’il arpentait les couloirs. Il n’était pas rare de l’entendre siffloter un petit Michel Fugain, que rythmait la cadence infernale de sa machine à affranchir. Aujourd’hui il doit tout gérer : approvisionnement de la machine à café, commandes de bonbonnes d’eau, classement des documents, manutention, cela malgré ses problèmes de dos. Il le dit lui-même, il est exploité, mais comme le médecin du travail est de mèche avec Catherine Jacquemin, il subit.

Et il y a Valérie, donc. Valérie n’a pas une vie facile. Ce matin, par exemple, elle est arrivée en nage avec ½ heure de retard parce que Kevin lui a fait une crise. Il voulait mettre ses chaussons de Buzz pour aller à l’école, au lieu de ses baskets de Spiderman. Comme elle ne cédait pas, il s’est assis par terre dans l’entrée et s’est mis à hurler. Tant bien que mal elle a réussi à le calmer et le traîner jusqu’à l’école, qui, manque de bol, était exceptionnellement fermée à clef. Le temps que le responsable de la garderie vienne lui ouvrir,  le gosse s’était remis à hurler et s’accrochait à la robe de sa mère. Elle a couru pour attraper son train mais l’a manqué de justesse, à une minute.
C’est vrai que c’est rageant de voir partir son train sous ses yeux, surtout quand il en passe un toutes les demi-heures…

Non, pas facile la vie de Valérie.