Gérald


Nicolas Sarkozy

Manu nous a lu la lettre que Gérald a reçu hier par coursier après qu’on ait retrouvé la statuette d’Henri dans le sac aspirateur de la femme de ménage. C’est Manuela qui a eu le réflexe. Ben oui : la femme de ménage !

« Monsieur,

Au nom du gouvernement que je représente et des Forces de l’ordre en place dans notre pays, je souhaiterais vous adresser mes plus sincères, mes plus profondes excuses pour l’incorrigible erreur de procédure dont vous avez été victime, et les désagréments subis par vous et votre famille.
Je tenais personnellement à vous faire part de mon plus grand respect, et à renouveler ma confiance la plus fraternelle dans l’exercice de votre citoyenneté.

Chaque jour le gouvernement oeuvre vers une meilleure application de la loi, et cela ne peut se faire sans parfois quelques erreurs. Je suis persuadé que vous saurez apprécier les efforts qui sont faits pour que règne la justice, et que vous saurez accueillir ce courrier dans la dignité.

Je vous souhaite à vous ainsi qu’à vos proches, de passer, dans la joie et le réconfort de votre foyer, d’excellentes fêtes de fin d’année.

Nicolas Sarkozy
Ministre de l’Intérieur »
 
Manuela a dit qu’il fallait quand même alerter la presse et les associations. Carlos a ajouté qu’on allait « tuer la campagne dans l‘œuf ». Manu a dit que dans l’enveloppe, il n’y avait pas que la lettre.
Avec l’argent Gérald est déjà parti se choisir un nouveau canapé chez IKEA.

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Gérald a été réveillé ce matin à 6h30, mais pas par sa gardienne. C’est Manuela qui m’a tout raconté parce qu’elle est restée en contact avec l’inspecteur de l’autre jour. En fait les flics ont fait une descente chez lui parce qu’il est soupçonné de recel et de vol aggravé.
Il semblerait que d’autres vols aient été commis dans la boîte : la Rollex de Catherine Jacquemin, le Blackberry de Daniel Bins. Tout le monde a été interrogé.
Et donc ce matin ils ont fouillé chez lui.
Ils ont tout retourné. Vidé les tiroirs, éventré le matelas, confisqué son disque dur et son téléphone. Et comme ils n’ont rien trouvé ils l’ont embarqué au poste.
Mais il faut dire qu’entre la Rollex et le Professeur Tournesol, il y en a déjà pour 15 000€ !
Je n’arrive pas à croire que Gérald ait pu faire ça ! Avec son air de jeune lutin des bois, on lui aurait donné le bon dieu sans confession ! Il paraît qu’après 12 heures de garde à vue, ils l’ont laissé rentrer chez lui, parce qu’ils vont analyser son disque dur et ses conversations téléphoniques.
Le pauvre, quand il est rentré, il avait un dégât des eaux ! Sa moquette et son canapé étaient foutus ! Il va lui falloir des semaines pour nettoyer tout ça.
Manu a accepté de l’héberger le temps que ça se décante, mais il ne faut le dire à personne !
Manuela a eu l’air un peu gêné. Elle n’aurait pas imaginé que ça puisse prendre de telles proportions.
Elle a déjà prévu d’alerter les associations de droits de l’homme, et a commencé une contre-enquête.

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Manu est dégoûté. Il devait manger avec Gérald ce midi et nous on avait toutes envie de savoir ce qu’il devient.

A 13H00 Gérald l’a appelé pour décommander. Le pauvre, ce n’était vraiment pas sa journée !

Réveillé en sursaut à 6H30 par des cris aigus qui provenaient du rez-de-chaussée, il s’est précipité sur le palier pour voir ce qui se passait. « KIKI !! C’EST KIKI !! » hurlait la gardienne. Son caniche s’était étouffé en confondant un bouchon de liège avec ses Schmakos. Gérald a secoué le caniche, extrait le Schmakos, et fait asseoir la gardienne pour qu’elle se calme. « il me fait toujours ça mon Kiki, a-t-elle commencer à raconter, encore toute bouleversée, la dernière fois c’était un tube de colle qu’il avait pris pour un os ».

En remontant Gérald s’est rendu compte qu’il s’était enfermé dehors. En slip. Il a du appeler un serrurier, qui a mis deux heures à venir, et qui lui a pris 175,00€ ! Tout ça pour se souvenir que les clés, la gardienne en avait toujours un double chez elle ! Après Gérald est sorti tout bien habillé parce qu’il avait un entretien d’embauche à 10H30. Il a enfilé sa nouvelle petite veste en velours bleu foncé, celle qu’il a fini par trouver au Zara de Montparnasse, parce qu’à celui des Champs, d’Opéra ou d’Haussmann ils n’avaient pas sa taille. Manque de bol en passant à côté d’une porte cochère Gérald s’est pris un seau d’eau lancé par une autre gardienne qui faisait son ménage. Et le pire, c’est que tout le côté droit de sa veste était trempé, et que ça déteignait sur son beau pantalon en lin ! Obligé de faire demi-tour.En rentrant il avait un message sur son répondeur, le téléphone avait du sonner alors qu’il attendait sur le palier. C’était le patron de la boîte qui lui demandait de l’appeler sur son portable pour fixer un autre rendez-vous, parce qu’il avait eu un empêchement, et que c’était urgent parce que demain matin il repartait pour Los Angeles. Gérald voulait rappeler le type, mais sa carte de visite était mouillée et toute bleue. La standardiste de la boîte a affirmé qu’elle ne communiquait pas les numéros de portable, surtout pas celui du patron. Alors Gérald a commencé à  sécher la petite carte au sèche-cheveux, en se disant qu’il avait une chance de la récupérer. Il avait presque terminé quand on a sonné à la porte. C’était la gardienne avec Kiki, et en cadeau, une bonne bouteille de Bourgogne qu’elle était allé lui prendre chez Nicolas, parce qu’il avait sauvé la vie de Kiki. Enfin un rayon de soleil !

Gérald a remercié chaleureusement la gardienne, il allait même faire une tape amicale à Kiki, quand il s’aperçut que ce dernier mastiquait ce qui restait de la carte de visite.

 Alors Gérald a appelé Manu, et lui a dit qu’il viendrait un autre jour, parce qu’aujourd’hui il n’avait vraiment, mais vraiment pas le courage !

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Le frigo-bar qui était à côté de la machine à café a disparu. Les soupçons se sont naturellement portés sur Gérald, dont c’est le dernier jour aujourd’hui. En plus comme par hasard Manu est incapable d’expliquer pourquoi le système de vidéo-surveillance n’a pas fonctionné vendredi soir de 20H00 à 21H00. Il risque d’avoir des problèmes.

Gérald a dit qu’il était bien content de se casser vu l’ambiance. C’est dommage parce que Paula s’est mise en arrêt maladie, du coup ça a détendu l’atmosphère. Avec Manu, dans leur bureau, ils écoutent de la musique, boivent des cannettes de coca, mangent des Kinder Pingui.

Sinon j’ai découvert que mon voisin du dessus habite en dessous. Au dessus, en fait, c’est Céline, une mère de deux enfants. Son mari n’est pas souvent là parce qu’il est routier. Il fait la ligne Paris-La Rochelle. 
Mon voisin du dessous est un pro des tableaux Excel. Il m’a même dit que si j’avais besoin il m’aiderait! J’ai trouvé ça super sympa.

Je trouve ça dégueulasse de faire porter le chapeau à Gérald et Manu pour l’histoire du frigo.

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Hier soir c’était le pot de départ de Gérald. Tout le monde y était. Gérald avait prévu le coup. En plus des deux paquets de Chipster et des trois bouteilles de cidre offertes par la DRH, il avait ramené de la vodka.

On a fait tourner une enveloppe et une carte. La carte, j’ai attendu que presque tout le monde ait écrit dessus pour mettre un mot.
Catherine Jacquemin a écrit
« Au plaisir de travailler en votre compagnie s’est ajouté votre créativité et votre professionnalisme, nous vous souhaitons beaucoup de réussite dans vos projets futurs »
Tu parles, elle a toujours cru qu’il s’appelait Bertrand.
En dessous il y avait le
 «  Yo – malgré que tu nous quittes je sais qu’on va se revoir à l’extérieur ! »
De Manu. Mais pour une fois il n’a pas fait de fautes d’orthographe.
Annabelle a choisi l’option message-fleuve, à lire à haute voix en prenant sa respiration, avec si possible en fond le générique des feux de l’amour :
 « Gérald, tu as fait le choix de partir et c’est sans doute le bon pour toi. Nous regretterons ton insouciance, ta joie de vivre, ta facilité à nous dépanner en toutes circonstances, mais chacun doit suivre sa route et c’est ici que nos chemins se séparent. Je te souhaite sincèrement une bonne continuation »
Déprimant.
Par contre j’ai un faible pour la poésie toujours très imagée de Manuela:
« il n’est pas si loin le temps où nous faisions connaissance avec tes joyeuses bouclettes. Tu nous quittes déjà, toi, le funambule de l’informatique, rebelle en ce monde démuni de valeurs humaines. Toi qui as su dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas »
Il va falloir que je lui ré explique la raison du départ de Gérald.

J’ai fait avec la place qui me restait. Comme Paula (la fameuse collègue) s’impatientait, j’ai griffonné un « pourras-tu me faire une copie de ton CD » et je lui ai tendu la carte.

On a réussi à lui faire des super cadeaux. Manu a tout trouvé à la Fnac : le CD, le DVD collector d’un film que Gérald aime bien (il est très « Art et Essais ») et l’édition limitée du recueil de photos « Cacas de Stars ».

 A 20h00, on commençait à ressentir les effets de la vodka sur certains, et Paula, qui était de ceux là, n’a pas pu se retenir. A un moment elle a voulu se jeter dans les bras de Gérald, mais quand celui-ci l’a repoussée gentiment d’un air gêné elle s’est mise à sangloter:
« Pourquoi, pourquoi tu m’as fait ça ! »
Heureusement Manu l’a raccompagnée discrètement à l’ascenseur et l’incident est passé presque inaperçu.

Et c’est ainsi que partent les meilleurs, emportés dans le tourbillon d’un destin qu’ils peinent à maîtriser…

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Henri Duneton a organisé une réunion Brainstorming. Le thème c’était: »en osmose avec nos clients ».

On était plutôt motivé, enfin surtout Henri.

Pour ne pas que la réunion tourne à la cacophonie Henri a demandé à Carlos de jouer le rôle du modérateur, parce qu’il a de l’autorité.

A 9H00 on a commencé par quelques viennoiseries. A 9H15 Henri Duneton a retroussé les manches de son gilet zippé et a proposé un premier tour de table.
« humain » « contact » « chaleur humaine » a proclamé Manuela.
 « cherviche choigné »  a postilloné Sandra, en envoyant des projectiles de mini-pain-aux-raisins à Gérald, qui se trouvait en face. Géraldine et moi on a passé notre tour, parce qu’on avait pas fini de discuter.
 « hôtesses en string » a gloussé Manu, bêtement, mais très content de lui. Henri Duneton ne s’est pas laissé déconcentrer, c’est un pro. Au milieu des ricanements Annabelle a réussi à placer « résolution des problèmes ».
Henri Duneton a immédiatement rebondi là-dessus et a proposé qu’on fasse un bref récapitulatif des choses à dire et à ne pas dire :
« problème » « erreur » : à bannir absolument du vocabulaire client ! Par contre « je m’occupe de vous », «  je suis à votre écoute », ça, ce sont des phrases fortes !
C’est à ce moment que Daniel Bins a fait son entrée. « la réunion c’était 9H00, mais du matin » lui a lancé Carlos sèchement. Mais le portable de DB a sonné, on a du attendre qu’il termine :
«  surtout tu dis à Didier que tout doit passer par moi sinon vous allez droit dans le mur les gars !! » il a raccroché « ooooh mais ya d’la bouffe! Qui c’est qui veut un café ? » puis il s’est adressé à Manuela « alors à c’qui paraît tu fais carrière dans la chanson ? ». Carlos l’a fusillé du regard.
Puis c’est Gégé qui nous a interrompu à son tour parce que Catherine Jacquemin avait besoin d’un paperboard. Henri s’est un peu impatienté parce qu’il n’aime pas, comme ça, qu’on le déconcentre quand il est en pleine création.
On est resté là une heure, et en conclusion, on est resté sur les thèses de Manuela comme quoi il faut redonner sa dimension pleinement humaine à la relation client tout en l’approfondissant de valeurs communes dans lesquelles chacun peut trouver un épanouissement productif.
Avec Sandra on s’est proposé de ranger la salle. On a parlé de son restau de la veille  en finissant les dernières viennoiseries.

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Ce midi, c’était très calme dans l’open space.
Au bout du troisième « on descend manger les filles je crève la dalle ! », Daniel Bins a quand même réussi à traîner Géraldine, Valérie, et Manuela à la cantine avec lui.

Gégé était emmerdé tout à l’heure parce qu’il y avait une chaise en trop dans l’open space. Comme elle était près de mon bureau c’est à moi qu’il s’est adressé.
« tu sais d’où elle vient cette chaise ? »
« Nan »
« non, parce que tu comprends, si elle était pas là avant, c’est qu’elle venait de quelque part »

« est ce que c’est important, Gégé ? » je lui ai répondu en finissant mon Petit Encas.
Mais j’ai senti qu’il était vraiment emmerdé, et qu’il avait besoin que quelqu’un prenne une décision à propos de cette chaise, alors j’ai tranché : « je te propose de remplir une Fiche de Rapport d’Anomalie », mais il a filé avant même d’entendre la fin de ma phrase parce que finalement il n’avait pas à faire des heures sup. pendant la pause.

Et puis en début d’après-midi on a reçu un mail général :
 « En raison de la mise en place du projet LB Attitude, l’équipe RH organise un atelier de réflexion et sera absente du bureau le 25 octobre. Tous les appels seront transférés sur le poste de Gérard Dujardin (pauvre Gégé !). Nous vous remercions de votre compréhension ».
Ouais, « LB Attitude », je n’aurais jamais choisi ça. Finalement c’est Gérald qui empoche les 500€. Il faut dire qu’il s’est donné le temps de réfléchir, vu qu’il ne fout plus rien.

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