Robin


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J’ai un peu foiré la mousse d’écrevisse. Ça ressemblait davantage à du jus qu’à de la mousse. La crème fleurette n’a pas durci comme dans la recette mais je crois que c’est parce que je me suis trompé en recopiant l’écriture de Géraldine. Ça devait être 100ml au lieu d’un litre, ou un truc comme ça. Pour les feuillantines j’avais eu une bonne idée : j’ai disposé la pâte sur mon rouleau à pâtisserie, pour qu’elle en prenne la forme arrondie, sauf que les manches du rouleau étaient en plastique et ont tout fondu dans mon four.
J’ai amené tout ça dans un bol chez ma mère. Au moment de servir, la mousse était retombée. La pâte feuilletée a tout absorbé et on aurait dit des petites bouses roses toutes molles, sauf à certains endroits où c’était tout dur parce que la gélatine n’avait pas fondu et faisait des petits paquets collants.
Mon père a dit que c’était très bon et que ça changeait du saumon fumé. Robin m’a fait remarqué que j’avais oublié de « piquer » les crevettes marinées. Ma mère n’a fait aucun commentaire car elle était trop occupée à se lever pour vérifier la cuisson de la dinde. Son minuteur était tombé en panne le matin et elle était vraiment très embêtée. Elle a regardé Robin d’un air un peu angoissé et lui a demandé « tu crois que ça fait une heure ? »
Robin a proposé qu’on ouvre les cadeaux. Ma mère a tapé dans ses mains et elle a dit « oh oui ! oh oui ! » En quinze secondes elle avait disposé tous les cadeaux sur la table dont le nouveau sécateur de mon père qu’elle n’a pas réussi à emballer parce qu’elle n’avait pas assez de papier. De toute façon, il savait ce que c’était !
Ma mère m’a offert un maxi robot multi fonctions, assorti d’un service six casseroles et d’une série de douze verres à pieds, parce que maintenant « on était deux ». Robin m’a offert mon parfum préféré, l’Allegoria de chez Guerlain. Il est formidable, mon Robin, parce que je n’en avais parlé qu’une fois, et c’était il y a longtemps. Et ben il s’en est souvenu!
On a fini la soirée en écoutant a compilation R’n’B de Noël, et on a passé un week-end très reposant…

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Ce soir j’ai tenté d’aborder les choses sérieusement avec Robin, parce que depuis qu’il m’a écrit cette lettre il ne m’en a jamais reparlé.
Il m’a dit :
« Quoi ? Quelle lettre ? Je n’ai jamais écrit de lettre, moi ! »
Cela ne me faisait pas rire, alors je lui ai montré la fameuse enveloppe.
« D’abord, ce n’est pas mon écriture » s’est-il immédiatement défendu.
Il a déplié la petite feuille. A mesure que ses yeux balayaient les lignes de gauche à droite j’ai vu son regard s’assombrir et son expression se figer.
« Elle est bizarre, ta lettre… »
« Tiens, essaie de lire une ligne sur deux pour voir » a-t-il ajouté en me la rendant.

Effectivement, il avait raison. En même temps que je déchiffrais l’odieux message laissé entre ces lignes par ce qui semblait être une jalouse inconnue, je m’interrogeais avec effroi sur l’identité de cette ennemie dont j’ignorais jusqu’à présent l’existence.
Et je fis le rapprochement avec les incidents des jours précédents.
« C’est une voisine, je la connais de vue » annonçai-je.
Mais Robin semblait pressé de refermer la page de cet épisode déplaisant.
« Tu as peut-être ta propre idée ? » m’enquis-je « il s’agit sans doute d’une de tes conquêtes ? ».
Robin fut bien obligé d’avouer qu’il y a peu il avait sympathisé avec une voisine, qu’il l’avait même plusieurs fois aidée à porter ses courses. Il jurait qu’il ne s’était rien passé.
Simplement, cette jeune mère de famille élevait seule son petit garçon, et parce qu’il est de nature charitable, Robin avait donné au petit quelques petits jouets lui ayant appartenu. La jeune mère esseulée avait vu dans ce geste bien plus qu’elle n’aurait du voir.
Et c’est ainsi que Robin s’était fait une admiratrice secrète et moi une ennemie.

J’ai fait promettre à Robin d’aller dès le lendemain régler le différend chez ladite voisine, afin que celle-ci mette fin à ces actes de harcèlement et qu’elle présente ses excuses.

De dépit, j’ai jeté le « Marions-nous » de Décembre que j’avais pris au Relais H en rentrant.

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Robin m’a écrit une lettre sublime et passionnée. Il m’a glissé un petit mot sous la porte et je l’ai trouvé en rentrant du travail. Je n’avais jamais remarqué qu’il avait une si belle écriture!
Curieusement, quand il est arrivé une heure plus tard, il a fait comme si de rien n’était.
C’est typiquement masculin, ça, ce contraste entre les mots, sensibles et délicats, et la retenue pudique, l’attitude presque distante de l’homme quand il est question de ses sentiments.

Toute la soirée j’ai dévoré Robin du regard. Tout ce qu’il a trouvé à me dire c’est :
« qu’est ce que t’as ? »

« Tu manges pas ? »

« … ça va refroidir. »

Je lui ai dit :« tu sais, Robin, personne ne m’a jamais parlé comme ça »
Et il a feint la surprise.

A la fin de la soirée, blottie dans ses bras sur le canapé, je lui ai avoué que je l’aimais.
Mais je crois qu’il dormait déjà…

Je ne résiste pas à l’envie de partager cette lettre…

« Depuis que je t’ai rencontrée, je meurs d’envie de
Passer ma vie avec toi. Oh! Bien loin de moi l’idée de
t’étouffer, te faire souffrir, ou encore t’empêcher
de t’épanouir en tant que femme, voire t’interdire
d’arriver à ton but. Soit honnête: c’est toi la pire
ennemie de la routine ! La plus exceptionnelle
voisine au monde !
Avant toi je ne connaissais pas l’amour…
Quelle perte de temps que ces filles préten-
-dument intelligentes que j’ai connues. Nulle n’était déli-
-cieuse comme toi ! Impossible de ne pas penser à tes
talents. Les plus grands Nobels ne t’arrivent pas aux
chevilles. Mais ce n’est pas tout, tu as d’énormes
qualités. J’aime tes yeux, ton sourire, ton nez, tes
fesses. Et je pèse mes mots. Il faudrait vraiment
que nous parlions sérieusement. S’il te plaît, je voudrais
que tu fasses quelquechose :
me parler d’amour, de mariage et d’enfants !
Je te promets que je vais m’employer à te démo-
-ntrer mon amour. J’éspère très bientôt te
lire. Coûte que coûte tu verras que je gagnerai
ton cœur
Ton Robin.

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Hier soir nous avons organisé un petit repas chez moi. Il y avait Tristan, Catherine, surnommée Cat’, sa copine, et Aude, une copine de Cat qui était toute seule parce que son copain bossait. Aude, elle est rigolote avec ses lunettes toutes bleues.

Aude était éreintée de son après-midi dans Paris. Elle est allée à l’expo Klein à Beaubourg. J’ai dit à Robin que nous aussi, ça nous ferait du bien d’aller au musée. Après, elle est allée nager à la piscine municipale, parce que la couleur de l‘eau, ça l’apaise. Elle a rejoint Cat sur les Champs et elles sont allées faire un tour à la Fnac. Aude a acheté le DVD en promo du Grand Bleu et Cat a pris un petit cadeau pour Tristan : un chaton tout doux qui non seulement joue du banjo mais aussi remue les lèvres en chantant « yesterday » en Japonais.
En remontant vers le RER, elles se sont renseignées sur les tarifs du Lido. Aude rêverait d’y passer le 31 avec son mec. Mais lui, les Bluebell Girls, ça n’a jamais été son truc.

On est passé à table. Robin avait préparé plein de petits amuse-gueules. Aude a dit « Oh ! ça a l’air bon ! C’est quoi ces petites chips toutes bleues ? ». C’était une recette secrète mais Robin a bien voulu la dévoiler. Cat est allée chercher son mini sac bandoulière, en a sorti  un mini calepin « hello Kitty » et un micro stylo parfumé à la fraise et a noté la recette secrète. En haut de la page elle a écrit « Robin et Doro ».

Tristan est allé voir « les rebelles de la forêt » pour se distraire cet après-midi.
Ça s’est très mal passé. D’une part parce qu’il y avait beaucoup trop d’enfants dans la salle, qui n’arrêtaient pas de faire du bruit et de poser des questions stupides. « il est où le roi lion ? », «  y vient quand Winnie l’ourson ? ».
Quand il est intervenu un peu fermement pour calmer le jeu, il n’a réussi qu’à déclencher des crises de larmes dans l’auditoire. Du coup, on n’entendait plus le film ! Une espèce d’hystérique est venue l’agresser en le menaçant de porter plainte, soi-disant que : «  VOS GUEULES BANDES DE MORVEUX ! » ça avait choqué sa fille de trois ans. Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre !

Pour changer de conversation j’ai demandé à Aude ce qu’elle avait prévu de faire demain. Elle m’a dit «  je vais sûrement retourner à l’expo Klein… ». Elle m’a  immédiatement rassurée en précisant qu’elle n’était pas une fanatique de Klein.
« J’aime aussi toutes les autres sortes de bleu ! » a-t-elle ajouté.
Ne sachant quoi répondre je me suis tournée vers Cat et lui ai demandé si elle avait déjà acheté son calendrier de l’Avent…

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Samedi avec Robin on est allé se balader à St Michel. Robin voulait juste s’acheter le nouveau Guy Bark, et puis après il avait promis de m’emmener dans un salon de thé.
Rues des Ecoles, ils l’avaient, le nouveau Guy Bark. Mais en import Japonais à 35€. Robin a préféré voir s’ils ne l’avaient pas moins cher ailleurs.

A Jussieu, ils ne l’avaient pas. En revanche ils avaient une très belle édition DVD de Drunken Master, sortie en 2002 et quasiment introuvable, et à seulement 14€ en occas’.
Le vendeur a conseillé à Robin d’aller dans leur deuxième boutique deux rues plus bas, où ils reçoivent davantage les nouveautés.
A l’autre boutique ils n’avaient rien non plus. Par contre il y avait un choix impressionnant au rayon films d’horreur/fantastiques. Robin a sorti son portable et pris en photo la jaquette de Anthropophagous, puis il a tapé « 9 » « Z1 » « 18€ », a sélectionné « Tristan mob » puis « envoyer ». Dix secondes plus tard son téléphone sonnait et il disparaissait au fond de la boutique. Pour en revenir dix minutes plus tard ! Finalement nous sommes repartis les mains vides.

D’après Tristan le CD de Guy Bark était en prix vert à la Fnac Italiens.
Mais arrivés à la Fnac Italiens, Robin a laissé un message à Tristan pour l’engueuler : la Fnac Italiens n’existait plus, elle avait fermé ! Du coup nous sommes partis à la Fnac St Lazare.
Là, une excellente surprise attendait Robin : dans un vieux bac « affaires de Fnac » presque vide, coincé dans un coin sombre entre une porte « réservée au personnel » et l’intégrale de Chapeau Melon et Bottes de Cuir, il est tombé sur la même édition de Drunken Master !
A 7 € 99 ! Il n’en croyait pas ses yeux, ce devait être une erreur ! Il l’a prise, bien sûr, et il m’a dit : « ça te dérange pas si on passe vite fait chez Gibert, je vais essayer de le revendre ». On a repris le métro. Il a enlevé la cellophane et vérifié l’état du DVD.

Chez Gibert ils le lui ont repris 15€ ! Robin était tout content ! Il m’a dit « j’appelle Tristan vite fait pour lui dire », mais ce dernier était occupé. Il faisait les courses à Carrefour avec sa copine.
Robin a quand même demandé au vendeur s’il avait reçu le dernier Guy Bark. Le vendeur a pianoté sur son ordinateur et a répondu « 12 décembre ». C’est Robin qui lui a dit qu’il y avait un import Japonais.

Finalement il a décidé de retourner Rues des Ecoles pour se prendre l’import à 35€, vu qu’il venait de gagner 7€ !

Après ça j’étais fatiguée et j’en avais marre. Du coup on n’est même pas allé boire un thé.
Dans le RER, Robin m’a fait une surprise. Il m’a offert le double CD West Coast R’N’B Christmas Carols  qu’il avait acheté en douce quand il était parti dans le fond du magasin tout à l’heure. J’étais trop contente !

On est rentré et on l’a écouté en boucle !

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Aujourd’hui comme prévu je suis allée rendre visite à mes parents. Ce qui n’était pas prévu en revanche, c’était que Robin m’accompagne ! Hier, quand je lui ai dit :
« tu te souviens que demain je vais chez mes parents ? », il m’a répondu, impassible :
« Faut qu’on y soit à quelle heure ? »
Et je m’attendais à tout sauf à ça !
Mais ça s’est très bien passé. Ma mère a juste un peu paniqué parce qu’elle craignait qu’il n’y ait pas suffisamment à manger. Par chance elle avait une dinde dans son congélateur, qu’elle a pu faire cuire au cas où le hachis Parmentier ne suffirait pas. Robin avait un peu froid, parce qu’il n’est pas habitué à la campagne. Ma mère l’a trouvé en effet un peu pâlot, alors elle lui a prêté un vieux sweat à mon père.
Après le repas, mes parents ont insisté pour montrer à Robin la K7 de mon spectacle de gym de quand j’avais douze ans,à l’époque où j’avais la frange et une queue de cheval! Ma mère a fait ses petits commentaires « c’est vrai que tu étais mignonne avec ta queue de cheval ! », puis elle s’est intéressée à Robin :
« et vous, Robin, vous faîtes du sport ? »
Là Robin a eu l’air de se concentrer, de solliciter sa mémoire,de faire appel à de vieux souvenirs d’enfance, mais il a trouvé : « oui, j’ai suivi un stage de ping-pong une fois, c’était en CM2 »
Mon père a changé de sujet :
« tu t’y connais en informatique ? »
« un peu » a modestement répondu Robin
« viens, j’ai un truc à te montrer ! »

Ma mère m’a raconté qu’ils étaient invités au repas de Noël de la commune le 16 décembre, mais qu’ils n’étaient pas encore sûrs d’y aller parce que l’année dernière, ils n’étaient pas passés à table avant 22H00 et en plus, c’était un buffet froid ! Par ailleurs elle ne savait pas encore si Chantal irait.

Quand mon père et Robin ont refait surface, il faisait déjà nuit.
Mon père était radieux. « ça y est ! ça remarche Internet ! Ah bah il a fallu qu’on réinstalle tout Office ! »
C’était déjà l’heure de repartir.

Finalement nous avons passé une très bonne journée. Et Robin a fait excellente impression sur mes parents!

Même si nous sommes rentrés un peu tard…

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Il s’est mis à m’embrasser donc, et j’ai trouvé ça plutôt pas mal!

Je ne vais pas me voiler la face. Je n’avais aucune chance avec Manu. C’est vrai qu’il est mignon Manu, mais il a trop tendance à casser les gens. Et puis les mecs qui passent leur temps à brancher des fils et qui signent « cdt, Manu » ça ne m’intéresse pas.

Robin, lui, n’est pas comme ça. C’est un garçon très prévenant, un gentleman. Et moi qui croyait que la courtoisie ça n’existait plus.

J’ai dit à Géraldine que j’étais avec Robin. Elle m’a dit « méfie-toi des mecs qui ont une grosse télé ». Il paraît qu’en ce moment Aristide fait des branchements à la maison. Il a déjà changé ses enceintes cinq fois de place. Ce week-end il va faire venir un copain à lui pour faire des tests. Il a déjà prévenu Géraldine qu’ils en auraient pour minimum onze heures et treize minutes. Mais moi je suis tranquille, Robin n’est pas un spécialiste comme Aristide !

C’est horrible ce qui est arrivé au petit David. Manuela, ça fait deux jours qu’elle nous disait que c’était la mère qui avait fait le coup. Elle a tout de suite vu que son témoignage n’était pas cohérent. Manuela, elle a enregistré le reportage diffusé sur LCI, et elle se l’est visionné une petite trentaine de fois, dans la nuit de mercredi à jeudi. Elle a arrêté l’image à 1’ 01’’. Pour elle il n’y a pas de doute,la mère ment. Manuela le sait parce qu’à ce moment précis la coupable a un clignement nerveux et presque imperceptible de la paupière gauche. Manuela a envoyé des emails à la chaîne en se disant que ça pourrait peut-être faire avancer l’enquête. Si ça se trouve c’est grâce à elle que le corps a été retrouvé. Comme le dit Manuela : « on sous-estime le nombre de mystères qui sont résolus, non pas par la découverte de preuves, mais par la seule étude psychologique menée sur les hommes et les femmes ».

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