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Robin s’est donc rendu chez cette voisine et m’a fait son compte rendu détaillé.
A peine la porte ouverte, le petit Boris s’est jeté à son cou, ne voulant plus le lâcher, s’exclamant  « Papa, Papa ! ». La voisine elle-même semblait peu surprise de sa visite. Elle l’a même accueilli d’un familier « je t’attendais, chéri ! ».
A la grande stupeur de Robin, une table avait déjà été dressée pour trois. Ne sachant que dire, ne voulant pas traumatiser le petit, et plutôt tenté par l’odeur irrésistible d’une pælla aux fruits de mer, Robin s’est machinalement assis à table, pendant que Boris vidait progressivement sa chambre de tous ses jouets, dans le but de les transférer vers le salon, où il les présentait un par un à Robin.

La voisine déroula alors le scénario de son plan diabolique.
« Tu ne trouves pas qu’il te ressemble ? »
Robin lui rappela sèchement que ce n’était pas en portant les courses de sa voisine qu’on faisait des enfants.
Cela n’empêcha pas l’autre de poursuivre.
« Boris, c’est un prénom qui ne t’évoque rien ? »
« Je ne m’appelle pas Robis » lui fit remarquer Robin, impassible.
« On a passé de bons moments ensemble » tenta vainement la voisine, l’air un peu triste.
Robin lui demanda où étaient les toilettes.

Les toilettes en question étaient un mini-musée à la gloire de Robin.
Sur les murs, des dizaines de photos étaient épinglées. Des photos de Robin, prises ces trois dernières années aux vingt kilomètres de Combe Ste Huberte, où il avait respectivement terminé 72ème, 120ème et dernier. Là, on le voyait sur un podium où il se voyait remettre un bon d’achat à la poissonnerie des berges, partenaire historique de la course.
Et puis, il y avait tout un tas de clichés trafiqués, où la tête de la personne avec qui Robin était photographié avait été découpée.

C’est ce qui a le plus énervé Robin.
Il s’est précipité vers la jeune femme en hurlant : « je ne veux plus jamais vous voir ! Allez vous-en ! »Mais la voisine lui a timidement rappelé qu’ils étaient chez elle.
Alors Robin a pris ses affaires, l’a regardée d’un air vraiment méchant et menaçant et l’a avertie :
« Si j’entends encore parler de vous, je vous dénonce à la DAS ! »
Il a fait son petit effet. Le petit s’est mis à hurler et a jeté ses jouets dans tous les sens.

Apparemment ça s’est bien terminé, ils ont trouvé un terrain d’entente.

Et ce soir, nous avons mangé une excellente paella aux fruits de mer!

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Ce soir j’ai tenté d’aborder les choses sérieusement avec Robin, parce que depuis qu’il m’a écrit cette lettre il ne m’en a jamais reparlé.
Il m’a dit :
« Quoi ? Quelle lettre ? Je n’ai jamais écrit de lettre, moi ! »
Cela ne me faisait pas rire, alors je lui ai montré la fameuse enveloppe.
« D’abord, ce n’est pas mon écriture » s’est-il immédiatement défendu.
Il a déplié la petite feuille. A mesure que ses yeux balayaient les lignes de gauche à droite j’ai vu son regard s’assombrir et son expression se figer.
« Elle est bizarre, ta lettre… »
« Tiens, essaie de lire une ligne sur deux pour voir » a-t-il ajouté en me la rendant.

Effectivement, il avait raison. En même temps que je déchiffrais l’odieux message laissé entre ces lignes par ce qui semblait être une jalouse inconnue, je m’interrogeais avec effroi sur l’identité de cette ennemie dont j’ignorais jusqu’à présent l’existence.
Et je fis le rapprochement avec les incidents des jours précédents.
« C’est une voisine, je la connais de vue » annonçai-je.
Mais Robin semblait pressé de refermer la page de cet épisode déplaisant.
« Tu as peut-être ta propre idée ? » m’enquis-je « il s’agit sans doute d’une de tes conquêtes ? ».
Robin fut bien obligé d’avouer qu’il y a peu il avait sympathisé avec une voisine, qu’il l’avait même plusieurs fois aidée à porter ses courses. Il jurait qu’il ne s’était rien passé.
Simplement, cette jeune mère de famille élevait seule son petit garçon, et parce qu’il est de nature charitable, Robin avait donné au petit quelques petits jouets lui ayant appartenu. La jeune mère esseulée avait vu dans ce geste bien plus qu’elle n’aurait du voir.
Et c’est ainsi que Robin s’était fait une admiratrice secrète et moi une ennemie.

J’ai fait promettre à Robin d’aller dès le lendemain régler le différend chez ladite voisine, afin que celle-ci mette fin à ces actes de harcèlement et qu’elle présente ses excuses.

De dépit, j’ai jeté le « Marions-nous » de Décembre que j’avais pris au Relais H en rentrant.

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J’ai montré ma lettre aux filles ce matin. Valérie m’a prévenue :
« Tu verras, au début ils t’écrivent des alexandrins, puis avec le temps, ça passe à trois mots laissés sur un tableau Velléda pour que tu penses à leur acheter du déo ! »
Manuela a fermé les yeux, et a subitement été traversée d’un sursaut hypnotique.
«  Ne garde pas cette lettre avec toi ! S’est-elle soudain écriée. Je sens un très mauvais karma !! »
Je me suis tournée vers Géraldine. Je sais qu’elle, au moins, sait reconnaître la limpide fraîcheur de l’amour quand il est sincère.

« Je me souviens du jour où Aristide m’a demandée en mariage » a-t-elle commencé, se replongeant volontiers dans cette évocation d’un parfait romantisme, «  il faisait beau, c’était au mois de juin, je revenais du marché, j’étais passée chez ma sœur pour lui déposer la recette de ma mousse d’écrevisse en feuillantine, je m’inquiétais parce que je ne l’avais vue ni au cours d’aérobic de 8h00, ni à la bibliothèque où nous avons l’habitude de nous retrouver juste après. Bref, il était 11h00, je rentrais et Aristide m’avait préparé une surprise. Il était d’une élégance avec son nœud papillon ! »

« Il avait dressé une petite table dans un coin du jardin », poursuivit Géraldine, « avait mis des petits boudins à griller sur le barbecue »
« Je me souviendrai toujours de la sauce qui accompagnait le riz ! » sourit Géraldine, « tellement pimentée que j’aurais pu boire une bouteille d’eau d’un seul trait ! Mais Aristide avait oublié d’apporter l’eau à table, et s’était plongé dans la lecture à voix haute d’un texte tout spécialement choisi pour l’occasion, je ne pouvais pas l’interrompre ! »
« Je n’oublierai jamais les mots qu’il employa lorsqu’il me passa la bague au doigt ! » Continua Géraldine, les deux mains jointes, « je les connais encore par cœur :

il mit la main dans sa poche et l’anneau se glissa doucement a son doigt. Il finit par deviner la vérité, et l’espoir lui vint dans les ténèbres: il avait lui-même trouve l’anneau merveilleux
C’était l’unique objet de son amour, son  » trésor  » et il lui parlait, même quand l’objet n’était pas avec lui.

« Et c’est comme ça que nos destins se sont scellés » conclua Géraldine, nous laissant toutes trois muettes d’admiration.

Bien sûr, des hommes comme Aristide, on n’en trouve plus de nos jours, mais ça laisse un espoir !

Ce soir en rentrant j’ai eu la mauvaise surprise de trouver le rétroviseur de ma voiture cassé ! Je ne comprends pas, je la laisse toujours garée en bas de chez moi, où il ne passe jamais personne, où il ne se passe jamais rien ! Une bande de jeunes sans doutes…

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Robin m’a écrit une lettre sublime et passionnée. Il m’a glissé un petit mot sous la porte et je l’ai trouvé en rentrant du travail. Je n’avais jamais remarqué qu’il avait une si belle écriture!
Curieusement, quand il est arrivé une heure plus tard, il a fait comme si de rien n’était.
C’est typiquement masculin, ça, ce contraste entre les mots, sensibles et délicats, et la retenue pudique, l’attitude presque distante de l’homme quand il est question de ses sentiments.

Toute la soirée j’ai dévoré Robin du regard. Tout ce qu’il a trouvé à me dire c’est :
« qu’est ce que t’as ? »

« Tu manges pas ? »

« … ça va refroidir. »

Je lui ai dit :« tu sais, Robin, personne ne m’a jamais parlé comme ça »
Et il a feint la surprise.

A la fin de la soirée, blottie dans ses bras sur le canapé, je lui ai avoué que je l’aimais.
Mais je crois qu’il dormait déjà…

Je ne résiste pas à l’envie de partager cette lettre…

« Depuis que je t’ai rencontrée, je meurs d’envie de
Passer ma vie avec toi. Oh! Bien loin de moi l’idée de
t’étouffer, te faire souffrir, ou encore t’empêcher
de t’épanouir en tant que femme, voire t’interdire
d’arriver à ton but. Soit honnête: c’est toi la pire
ennemie de la routine ! La plus exceptionnelle
voisine au monde !
Avant toi je ne connaissais pas l’amour…
Quelle perte de temps que ces filles préten-
-dument intelligentes que j’ai connues. Nulle n’était déli-
-cieuse comme toi ! Impossible de ne pas penser à tes
talents. Les plus grands Nobels ne t’arrivent pas aux
chevilles. Mais ce n’est pas tout, tu as d’énormes
qualités. J’aime tes yeux, ton sourire, ton nez, tes
fesses. Et je pèse mes mots. Il faudrait vraiment
que nous parlions sérieusement. S’il te plaît, je voudrais
que tu fasses quelquechose :
me parler d’amour, de mariage et d’enfants !
Je te promets que je vais m’employer à te démo-
-ntrer mon amour. J’éspère très bientôt te
lire. Coûte que coûte tu verras que je gagnerai
ton cœur
Ton Robin.

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Quelle poisse ! ce matin il pleuvait et une voiture m’a éclaboussée. On aurait dit que c’était volontaire tellement mes bottes étaient trempées ! C’est étrange parce que j’ai reconnu une de mes voisines au volant de la voiture. Elle ne s’est même pas arrêtée pour s’excuser !

Manuela veut faire un Fongecif. Elle ne se reconnaît plus dans sa fonction d’assistante de com. Ce qu’elle voudrait c’est aider les gens, aller au devant des plus démunis. Géraldine lui a dit de se méfier : assistante sociale, c’est un métier difficile. ça tombait bien, parce que dans le Femme Actuelle de Valérie, il y avait un test:
« Pourriez-vous devenir Assistante Sociale ? ».
On l’a fait faire à Manuela.

1) Un mendiant à l’haleine pas bien fraîche s’approche de vous dans le métro.
a) vous lui tendez bien volontiers un euro.
b) vous faîtes mine de vouloir descendre à la prochaine, et changez discrètement de rame.
c) vous appelez la police.

2) vous vous apercevez que votre filleul a volé 20€ dans votre portefeuille
a) vous essayez d’amorcer le dialogue avec l’adolescent, pour mieux cerner son mal-être, et y apporter une réponse constructive.
b) vous faîtes comme si de rien n’était. Vous vous méfierez un peu plus à l’avenir.
c) vous le faîtes chanter : s’il ne vous rend pas le double de la somme, vous menacez de tout dire à sa mère.

3) votre collègue vit une rupture difficile
a) vous l’invitez à boire un café, l’écoutez parler pendant de longues heures.
b) vous programmez des rendez-vous à l’extérieur pendant les trois prochains mois, le temps que ça se tasse un peu.
c) vous la faîtes parler, puis vous empressez d’aller rapporter les détails les plus croustillants à toutes les copines de la boîte.

4) votre amie part une semaine à l’étranger suite au décès de sa grand-mère
a) vous larguez tout et proposez de l’accompagner.
b) Vous vous étonnez: « Ah bon? parce qu’elle était toujours en vie?! »
c) vous lui proposez d’arroser ses plantes pendant son absence et en profitez pour organiser une soirée dans son salon, qui fait le double du vôtre.

Manuela a répondu « c » à toutes les questions.
Géraldine lui a lu le résultat.
«  Femme d’argent, toutes les méthodes sont bonnes pour parvenir à vos fins. Le social, ce n’est pas trop votre truc. En revanche, vous êtes une véritable femme d’affaires. Une grande carrière s’ouvre à vous dans le monde de la finance. »

Manuela était décontenancée. Elle ne s’attendait pas à ça. Pour retrouver un peu d’inspiration elle s’est replongée dans le hors-série de son magazine spécialisé, une source bien plus fiable qu’un vulgaire Femme Actuelle.

Nicolas Sarkozy

Manu nous a lu la lettre que Gérald a reçu hier par coursier après qu’on ait retrouvé la statuette d’Henri dans le sac aspirateur de la femme de ménage. C’est Manuela qui a eu le réflexe. Ben oui : la femme de ménage !

« Monsieur,

Au nom du gouvernement que je représente et des Forces de l’ordre en place dans notre pays, je souhaiterais vous adresser mes plus sincères, mes plus profondes excuses pour l’incorrigible erreur de procédure dont vous avez été victime, et les désagréments subis par vous et votre famille.
Je tenais personnellement à vous faire part de mon plus grand respect, et à renouveler ma confiance la plus fraternelle dans l’exercice de votre citoyenneté.

Chaque jour le gouvernement oeuvre vers une meilleure application de la loi, et cela ne peut se faire sans parfois quelques erreurs. Je suis persuadé que vous saurez apprécier les efforts qui sont faits pour que règne la justice, et que vous saurez accueillir ce courrier dans la dignité.

Je vous souhaite à vous ainsi qu’à vos proches, de passer, dans la joie et le réconfort de votre foyer, d’excellentes fêtes de fin d’année.

Nicolas Sarkozy
Ministre de l’Intérieur »
 
Manuela a dit qu’il fallait quand même alerter la presse et les associations. Carlos a ajouté qu’on allait « tuer la campagne dans l‘œuf ». Manu a dit que dans l’enveloppe, il n’y avait pas que la lettre.
Avec l’argent Gérald est déjà parti se choisir un nouveau canapé chez IKEA.

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La psy a rassuré Valérie sur le fait qu’il est fréquent chez l’enfant de quatre ans d’utiliser des termes à connotation scathologique.
Mais quand même, Valérie a des doutes quand elle entend Kevin répéter fièrement :
– Bonjour Caca !
– C’est bon le caca !
– Maman, tu veux du caca ?

Valérie a fini par se fâcher une bonne fois pour toutes :
« Kevin ! Lorsque l’on est un gentil petit garçon bien élevé comme toi, l’on ne dit pas de vilaines choses comme cela ! »

Kevin a bien compris la leçon ! De sa propre initiative, il a remplacé le mot caca et fait un effort de vocabulaire.
Et ce matin, en partant pour l’école, il a poliment salué la gardienne d’un jovial :
« Bonjour boudin ! »